Décès à l’hôpital Cochin, les zones d’ombre du rapport de l’AP-HP

18 mars 2014Société

En réponse à l’émoi provoqué par le décès d’une dame de 61 ans le 15 février 2014 au service des urgences de l’hôpital Cochin, l’AP-HP (hôpitaux de Paris) a ordonné une enquête sur les événements. Du rapport des enquêteurs naissent d’autres questions, laissées elles sans réponses.

Le déroulement des événements

*Les priorités :

À leur arrivée, les patients sont placés dans des groupes allant de 1 à 5 pour une prise en charge immédiate (ordre de priorité 1) ou dans un délai de 4 heures (ordre de priorité 5).

Le rapport est clair sur le scénario de la journée. Arrivée à 16h30 avec les pompiers, la dame de 61 ans souffrant d’une plaie au pied est examinée puis se voit attribuée un niveau de priorité* 3 qui doit lui permettre d’être prise en charge dans l’heure. L’infirmière chargée de cette attribution (l’IOA, pour infirmier d’orientation et d’accueil) place la patiente dans un endroit très passant, en face de son poste, pour pouvoir la surveiller. Quand elle quitte son poste pour le transmettre à sa collègue de nuit à 21h, la patiente est toujours présente et consciente.

À 21h30, un médecin senior charge une externe d’examiner la patiente, mais elle est introuvable et la recherche de l’externe est rapidement interrompue par l’arrivée d’un jeune homme en arrêt respiratoire dont il faut s’occuper en urgence. Le médecin senior ne trouve pas non plus la patiente et conclue qu’elle a dû quitter les urgences.

À 23h, une aide-soignante remarque que la patiente est blanche et immobile sur sa chaise, là où on lui a demandé d’attendre. L’alerte est donnée, mais un médecin senior n’a d’autre choix que de constater son décès et de le prononcer à 23h10.

Dysfonctionnement et solutions

« L’anomalie qui préoccupe est de ne pas avoir trouvé la patiente et, non pas son décès » explique le rapport. Dès lors il se borne à trouver des solutions à ce seul problème, afin qu’à l’avenir un patient ne puisse pas disparaître sans que l’on sache où il se trouve.

Le rapport pointe du doigt la méconnaissance par les jeunes médecins du logiciel Urqual, qui aurait pu permettre de localiser la patiente, le manque de communication orale au sein du personnel soignant et une mauvaise compréhension des nouvelles procédures, surtout qu’elles changent souvent.

Les enquêteurs considèrent aussi que l’introduction de la procédure dite de fast track qui fera passer les patients les moins graves (priorité 4 et 5) dans un service à part résoudra en partie le problème.

En revanche les autres solutions préconisées sont plus étonnantes.

Les zones d’ombre du rapport

L’entrée des urgences de l’hôpital Cochin. Image Google Street View.

Le rapport propose que le service soit, une nouvelle fois, réorganisé, changeant encore les rôles de chacun avec l’objectif d’une plus grande coopération entre le médecin et l’infirmier chargés de l’organisation.

Parmi les préconisations, le rapport demande que les patients soient affectés à une équipe soignante, évitant que des dossiers demeurent dans leur panier sans jamais être pris en charge. Les médecins devront également avoir accès à l’historique médical des patients au sein de l’établissement, pour ceux qui sont déjà venus.

Plus étonnant, les enquêteurs proposent à la fois de former les médecins au logiciel Urqual et de le remplacer par un autre logiciel appelé Orbis.

Les causes de la mort ne sont pas non plus abordées et restent même inconnues puisqu’aucune autopsie n’a été réalisée. Rien ne permet donc d’affirmer que la patiente serait morte si elle était rentrée chez elle.

Le temps d’attente, près de 5 heures pour la patiente décédée, n’est pas non plus considéré comme un problème par l’AP-HP. Pas plus que la question des effectifs ou de la fusion des services d’urgence de l’Hôtel-Dieu, de Mondor et de l’hôpital Cochin, pourtant le rapport reconnaît que cela rend l’organisation plus complexe et que le nombre de patients était important (54 ce soir-là) sans être à un niveau exceptionnel.

Autourdemontparnasse.fr a contacté l’AP-HP afin de mieux comprendre ces conclusions, mais l’assistance publique n’a pas répondu.

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1 comment to “Décès à l’hôpital Cochin, les zones d’ombre du rapport de l’AP-HP”

  1. […] demandé à l’AP-HP de clarifier les zones d’ombre révélées dans notre précédent article, mais l’assistance publique n’a pas donné […]

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